Le château de St Barthelemy



St Barthelemy

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Le château de Goumoens le Châtel, aujourd'hui St-Barthélémy fut construit sur un monticule élevé dominant le pays, par la famille seigneurale de Gumuens ou Gumens Gomoens, l'une des plus anciennes du pays de Vaud, au courant du XIIe siècle et se trouve déjà mentionné en 1160. La haute colline sur laquelle il se dressait s'appelait Gumuens et donna ainsi son nom à cette brillante lignée. C'était la résidence des trois seigneuries de Goumoens, jusqu'à ce que, au XIIIe siècle, des membres de la famille, ayant construit de nouveaux châteaux, les terres furent divisées en trois branches, c'est-à-dire celle de: Goumoens-le-Châtel, celle de Goumoens-la-Ville et celle de Goumoens-le-Jux, ce dernier terme dérivant d'un mot latin transformé et signifiant « en Bas »; c'était donc le Goumoens d'en bas, Goumoens dessous.
Le château subit de grandes transformations au cours des XV, XVI, XVII et XVIIIe siècles et son nom se changea en celui de St-Barthélemy vers la fin du XVe ou au commencement du XVIe siècle.


Louis Augustin, comte d'Affry (Louis Augustin d'Affry se retira en Suisse, dans son château de Saint Barthélemy, jusqu'à sa mort en 1793)

Aucune famille fribourgeoise, plus que les d'Affry, n'aura eu au cours des siècles, autant de capitaines d'armes médiévaux, de baillis, de gouverneurs de principauté, de maires de Fribourg, de conseillers d'Etat (ministres), d'avoyers (présidents) de Fribourg, de colonels de régiments à leur nom, au service de la France, de maréchaux de camp (généraux de brigade), de lieutenants généraux (selon, généraux de division ou de corps d'armée), au service de la France. Sans compter un ambassadeur du roi Louis XV en Hollande, qui fut également colonel général (général d'armée) de tous les régiments suisses au service de la France, sous le règne de Louis XVI. Egalement au XlXème siècle, un chef de cabinet du roi de Saxe, un colonel d'un régiment suisse de l’armée de l'Empereur, et un landaman (chef de l'Etat Confédéral Helvétique), plus exactement le tout premier d'entre eux, qui fondera les structures de l'Etat Suisse (et sera réélu pour un second mandat). Il est ainsi aisé de comprendre que les réussites de cette famille lui ont valu autant de respect que d'animosité, car elle du s'engager contre certains et fit de l'ombre à beaucoup. Les échos des féroces  jalousies passées, se perdent jusqu'à nos jours.

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Louis Augustin comte d’Affry (Général de corps d’armée, gouverneur militaire de Paris, général en chef de toutes les troupes suisses au service de la France, colonel de la garde suisse du roi de France, ambassadeur des intérets de la Confédération Helvétique en France).

Aussi n'est-il pas surprenant lorsque, le 10 août 1792, en pleine révolution française, une partie de la garde suisse est massacrée, lors de la prise du Palais des Tuileries, celle-ci étant placée sous la responsabilité du comte d'Affry, que l'on s'en soit pris à lui et que l'on ait tenté d'en faire un bouc émissaire à Fribourg. Les quinze mille hommes des régiments suisses au service de l'Armée française, en sont le fer de lance, redoutés sur tous les champs de batailles. Les mille quatre cents hommes de la garde royale suisse, en sont le fleuron. A la suite du massacre, l'émotion est immense en Suisse. Certains, dans la Suisse populaire, celle des hommes de troupe de la garde, souhaitèrent y voir l'expression d'une indifférence et d'une incompétence supposées des aristocrates patriciens qui la commandaient. Des historiens suisses, patriotes, emportés par des certitudes préconçues qui flattent leur sens de l'épique, proposent, depuis, des explications manichéennes sans, de toute évidence, n'avoir jamais réfléchi en toute objectivité et sans avoir fait de recherches sérieuses sur le déroulement des événements de cette période. L'évocation des horreurs des massacres et de la valeureuse résistance de la garde est exacte. A cette occasion, la garde suisse fut héroïque. D'autant qu'il s'avère que le palais des Tuileries n'était pas fortifié, que la garde ne disposait pas d'artillerie à mitraille et qu'elle n'avait d'ailleurs pratiquement pas de munitions pour ses armes individuelles. Les assaillants, en fort surnombre, disposaient d'artillerie. Il est, faute d'être justifié, cohérent dans ces conditions, et si l'on ne se penche pas sur la réalité objective des faits, à partir des documents d'époque, d'affubler le comte d'Affry d'incompétence, voir de sénilité, compte tenu de son grand âge, comme cela fut fait par certains. Il est clair qu'une telle interprétation a longtemps arrangé beaucoup de monde en Suisse, pour les raisons précédemment citées. Quant aux historiens français, ils semblent s'être, dans leur majorité, limités à des conjectures abstraites à propos des événements du 10 août 1792 concernant les Suisses, sans que cela ne les préoccupe davantage. Avec une condescendance bien française, ils s'en sont remis aux Suisses qui, eux, s'en sont remis au flou. Il se trouve que ces considérations ne supportent pas une étude sérieuse et objective. Les correspondances du comte d'Affry démontrent irréfutablement que, malgré son grand âge, il dispose, en 1791 et 1792, de toute la vivacité et de toute l'acuité de son brillant esprit. L'étude minutieuse de ces correspondances et des faits politiques éclaire d'une tout autre manière son action et, à travers elle, le rôle important de la Suisse à la révolution française. Il ne fut pas incompétent, il fut brillant. Il n'est pas responsable du massacre d'une majeure partie de la garde suisse, il fut en fait le sauveur de la majeure partie de la garde, faute d'avoir réussi, comme il le souhaitait, à la protéger intégralement. Il réussira à protéger la famille royale dans la mesure de ses moyens, jusqu'à l'extrême limite du possible. Avant toute chose, il parviendra à protéger, dans cette période chaotique, les intérêts de la Suisse, et sans doute son existence même, au long terme. Parvenir à concilier autant d'intérêts divergents, et se positionner dans une perspective qui leur soit commune pour l'essentiel, relève d'un authentique génie politique. Après quelques recherches dans les archives et quelques réflexions élémentaires, je me suis bien rendu compte que la réalité concernant le comte Louis Auguste d'Affry, à l'époque, était tout autre que ce qui était plus ou moins admis, faute d'être démontré. Mon cousin, le comte Benoît de Diesbach Belleroche (deux jeunes officiers, comtes de Diesbach, du fait des événements des Tuileries, connaîtront une mort héroïque) m'accueillit très aimablement quelques jours dans son château de Bourguillon  près de Fribourg (ancien château des barons d'Alt, belle-famille du comte Louis Auguste d'Affry). Il me présenta, à cette occasion, l'historien Alain Jacques Tornare, professeur à l’université de Fribourg, auteur d'une remarquable thèse de doctorat (à l’université parisienne de la Sorbonne) sur le rôle des Suisses pendant la révolution française. J'eus la surprise de constater que mes quelques recherches d'amateur et quelques réflexions objectives m'avaient mené, pour l'essentiel, aux mêmes conclusions que les siennes à propos de ces événements. Ceci, sans que nous ayons auparavant entendu parler l'un et l'autre de nos recherches respectives. Une lecture attentive de certaines parties de sa thèse, très documentée, très précise, très rigoureuse, nos nombreuses conversations, et la poursuite quelque temps encore de mes recherches dans les archives, m'ont permis de préciser la synthèse qui s'impose de ces événements. 


Louis Auguste comte d'Affry est né, en 1713, au château de Versailles. Fils du lieutenant général (général de division) François d'Affry, colonel de la garde suisse et des cent gardes du corps suisses des rois Louis XIV et Louis XV, et de Marie de Diesbach Steinbruck, fille du comte Jean Frédéric de Diesbach Steinbruck, colonel d'un régiment suisse au service de la France, soeur du prince Frédéric de Diesbach Steinbruck, général de corps d’armée au service du Saint Empire germanique, chef de cabinet de l'Empereur Habsbourg, et qui fut également son parrain (ce qui est d'autant plus important que son père meurt au combat alors qu'il est encore adolescent). De son adolescence, jusqu'à un âge avancé, il se couvrira de gloire sur les champs de batailles, commandant notamment la garde suisse à la bataille de Fontenoy. Tour à tour, colonel, maréchal de camp, lieutenant général, colonel général de tous les régiments suisses au service de la France (en alternance avec le comte d'Artois, frère du roi, pendant la minorité de ce dernier, puis de 1789 à 1792). Il sera grand croix de l’ordre de St Louis et chevalier de l’ordre du St Esprit. Il fut ambassadeur de France à La Haye de 1755 à 1762, centre stratégique des négociations de la guerre de sept ans, impliquant l’Angleterre, la Prusse, l’Autriche, la Russie, et la France. (Il est au centre d’intrigues impliquant Louis XV, le duc de Choiseul, ministre des affaires étrangères, le comte de St Germain, la marquise de Pompadour, le duc d’York, frère du roi d’Angleterre, et le diplomate Néerlandais Bentick Van Rhoon). Il fut gouverneur militaire de Paris et de la région parisienne (17ème division militaire) en 1791, jusqu'à ce que l'assemblée nationale lui demande de choisir entre cette fonction et celle qu'il occupait également de colonel de la garde suisse et des cent gardes du corps suisses du roi Louis XVI. Il choisira la garde suisse.
Sans en avoir le titre, d'un état qui n'existait pas encore, il est l'ambassadeur, de fait, des intérêts de la Confédération Suisse en France, dans la tourmente des événements révolutionnaires. Homme d'esprit, libre penseur, ami de Voltaire, de Madame de Pompadour (des correspondances privées attestent leurs connivences et manigances), de Mademoiselle Adélaïde (fille de Louis XV), de l'Américain Morris (ambassadeur des Etats Unis d’Amérique en France, ancien gouverneur de l’Etat de New York, un des co-fondateurs de la Constitution Américaine), qui le mentionne amicalement fréquemment dans ses  mémoires. Il eut des relations amicales avec Mr. de Beaumarchais, ainsi qu’avec le comte de St Germain. Le duc de Luynes dans ses mémoires, parle de lui comme d’un « homme plein d'esprit ». Casanova qu’il avait rencontré quelques fois, le mentionne également à plusieurs reprises dans ses mémoires avec sympathie. Esprit cultivé, et brillant, il est membre des académies françaises de peinture, de sculpture, et d’architecture, amoureux des beaux-arts, ami de Houdon, Vernet, Sedaine, Fragonard. Il est humaniste, franc-maçon, croyant, mais peu religieux, parfois anticlérical. A la fois aristocrate français et patricien suisse, guerrier et diplomate. Les fêtes qu'il donne dans ses hôtels particuliers parisiens, rue des Saints-Pères et place Vendôme, réunissent le Paris des arts, de la pensée, et de la politique. Avant la révolution l'alliance, de pays à pays entre la Suisse et la France, permet à la France d'avoir une profondeur stratégique qui sépare ses frontières, de la partie sud du Saint-Empire Germanique, et d'employer avantageusement les meilleures troupes d'Europe, les régiments suisses. Elle permet aux Suisses de bénéficier d'emplois et d'entrées de devises, et surtout, de faire garantir un protectorat français, respectueux de son indépendance, qui la protège contre les tentations récurrentes d'invasion germanique. Quand le roi n'incarne plus l'Etat français et que le régime s'effondre, la fidélité au roi, qui illustrait l'alliance franco-suisse, se scinde avec la fidélité à l'Etat français. Mener conjointement les deux est le problème posé au comte d'Affry, autant dire la quadrature du cercle. Son choix sera de protéger physiquement la famille royale, jusqu'à l'extrême limite du possible. Personne ne conteste qu'il sera son tout dernier protecteur. Mais il ne croit pas à un retour en arrière, même s'il devait y avoir une restauration royaliste ponctuelle, à court ou moyen terme (néanmoins, il satisfait aux engagements suisses vis-à-vis du roi et, ce faisant, couvre également ses arrières). Sa priorité sera de maintenir l'alliance avec le nouvel Etat Français et de préserver les intérêts fondamentaux de la Confédération Helvétique. Son fils, le landaman Louis d’Affry, fera de même, en accord avec son ami Talleyrand, et l’empereur Napoléon, en devenant le premier chef de l’Etat Helvétique, sous tutorat et protectorat Français. (Son petit-fils Charles Philippe, après avoir servi l’empereur, s'accommodera de la Restauration en commandant la garde suisse de Louis XVIII). Les pressions sont fortes, de certains pour le pousser à effectuer un coup d'état, pour d’autres de le pousser à rejoindre l'armée des émigrés royalistes et ses alliés germaniques. Il s'y refuse. Les pressions sont tout aussi fortes pour le pousser à abandonner le roi, il s'y refuse également.

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Armoiries d'Affry (© Arnaud Bunel www.heraldique-europeenne.org)

En tant qu'officier expérimenté, il sait que les effectifs de la garde suisse ne lui permettent pas de résister à un assaut des Tuileries. Il sait que le palais est infortifiable de manière crédible, et qu'il ne pourrait protéger, ni la famille royale, ni ses hommes, dans une épreuve de force. De plus, il tient impérativement à accomplir sa mission. Aussi tient-il, en accord avec le comité exécutif révolutionnaire, à donner des gages de paix, et à confirmer la priorité donnée à l'alliance d'Etat, tout en négociant des garanties sur la sécurité de la famille royale. II donne de nombreux congés aux soldats et aux officiers, il ne munit pas la garde d'artillerie, n'équipe les hommes que du strict minimum en munitions, il ne barricade pas le palais. Il envoie en Normandie trois cents hommes commandés par un capitaine, accompagné du lieutenant Charles Philippe d’Affry, son petit fils. Sous couvert d'escorter un convoi de grain, ils doivent en fait se positionner secrètement, de manière à protéger une fuite éventuelle du roi vers l'Angleterre (ce qui pouvait se révéler très périlleux). Ainsi, une politique de souplesse délibérée doit permettre à une garde, diminuée d'un tiers de ses effectifs, et vulnérabilisée, en gage de paix, de plier mais ne pas rompre, c'est sa seule chance. Le comité exécutif révolutionnaire est alors relativement compétent et modéré, ce qui permet les tractations avec le comte d'Affry. Cependant, il est peu à peu menacé par des extrémistes qui tentent de le déborder, ce sont les prémices de la Terreur, l'année suivante. Aussi est-il convenu que, le 10 août, les Suisses conduiront la famille royale en sûreté à l'assemblée nationale, en compagnie du lieutenant-colonel de Maillardoz, commandant adjoint de la garde (le comte d'Affry, âgé de soixante-dix neuf ans, n'était pas en mesure de courir dans les couloirs du palais en faisant le coup de feu). M. de Maillardoz n'a pas démérité, il a agi sur ordre, son absence aux Tuileries était un gage que la garde suisse comptait se rendre, une fois la famille royale en sûreté sous la protection de l'assemblée nationale. Sa présence auprès du roi confirmait officiellement la fidélité des Suisses (se retrouver comme officier suisse, sans escorte, aux côtés du roi, ne semble pas si confortable en ces circonstances). Quant au comte d'Affry, sa vie depuis quelque temps menacée par les extrémistes des deux bords, il est alors bloqué dans son hôtel particulier, protégé par la garde nationale. Le 10 août, celui-ci est attaqué par une foule manipulée, nombreuse et menaçante. Des renforts de la garde nationale dégagent la place par la force. Le comte d'Affry, depuis sa prison, remerciera plus tard, par écrit, l'homme fort du comité exécutif, M. Servan, ministre des armées, de lui avoir sauvé la vie. Le 06 Août, le marquis de Lafayette démissionne sous la pression des factions politiques extrémistes, de son poste de commandant général de la garde nationale. Il est remplacé par le marquis de Mandat de Grancey. Celui-ci compte organiser la défense du palais des Tuileries par la garde nationale, conjointement avec la garde suisse et des partisans royalistes, contre les insurgés. Le matin du 10 Août, il est assassiné à la mairie de Paris. Un partisan des factions extrémistes (de nombreux gardes nationaux en sont d’ailleurs sympathisants) est nommé commandant général de la garde nationale. Celle-ci, au lieu de protéger le palais des Tuileries, va se joindre aux insurgés, avant d’essayer bien tard de contrôler leurs excès. Selon toute vraisemblance, il était prévu que les effectifs, importants et disciplinés de la garde nationale, recevraient la reddition de la garde suisse et la protégeraient contre les exactions des extrémistes et de la foule des insurgés manipulés. Une fois le roi en sûreté, seul habilité à le faire, ce dernier devait donner l'ordre à la garde suisse, ne gardant plus personne, de se rendre à la garde nationale. Le message est intercepté, à la suite de diverses manigances. Suite à des informations erronées, les Suisses croient la famille royale en danger à l’assemblée nationale. Un détachement se fraye héroïquement un passage par la force, sabre au clair, jusqu’au parlement. Les députés croient à un coup d’état et commencent à s’enfuir par les fenêtres, jusqu’à ce que la méprise soit avérée, dans une grande pagaille. Des éléments incontrôlés attaquèrent les Suisses au Palais des Tuileries, obligés de se défendre, et toujours sans ordre de reddition. La garde nationale croyant à un revirement de la garde suisse, lança l'assaut. Quand, après diverses péripéties, parvint un nouvel ordre de reddition, environ un tiers des gardes suisses présents ce jour au Tuileries, était mort héroïquement. D'autres, mourront lors des massacres incontrôlés de septembre dans les prisons, en particulier des officiers. En tout, près de quatre cents hommes sur environ neuf cents, y laissèrent la vie. Environ cinq cents hommes présents aux Tuileries survivront, et environ cinq cents autres échappèrent au massacre, puisque le comte d'Affry les avait éloignés auparavant.
Malgré ces graves et dramatiques difficultés, Louis Auguste d'Affry avait su préserver l'essentiel et concilier l'improbablement conciliable. L'alliance de l'Etat Français avec la Confédération Helvétique était préservée. Par ailleurs, les Suisses n'avaient pas failli à leur responsabilité de protéger physiquement Louis XVI, Marie Antoinette, et leur enfant. Certains extrémistes comptaient bien éliminer physiquement la famille royale, à l'occasion de la prise des Tuileries. Certains royalistes se voyaient bien, tôt ou tard, succéder au roi d'une manière ou d'une autre. Certains, dans les milieux aristocrates, pensaient même qu'un massacre de la garde suisse, pourrait pousser la Confédération Helvétique à rejoindre les rangs des émigrés royalistes. Les gardes suisses prisonniers se virent proposer l'intégration dans l'armée française, qu'une majorité accepta. Après avoir été sauvé de justesse des débordements meurtriers de septembre à la Conciergerie où il était incarcéré (après avoir à l’abbaye de Saint Germain, partagé une cellule avec Mr. de Beaumarchais), dans des conditions épiques, par le comité exécutif, le comte d'Affry est acquitté par les tribunaux révolutionnaires. Il se voit confier par le comité exécutif de l'Etat Français, la démobilisation de l'ensemble des régiments suisses. Ceux-ci se verront également proposer par la France l'intégration dans son armée. Le comte d'Affry ne donnera aucune consigne, laissant chaque homme libre de sa décision. Près de cinq mille d'entre eux accepteront, sur environs quinze milles. Après quoi, Louis Auguste d'Affry se retira en Suisse, dans son château de Saint Barthélémy, jusqu'à sa mort en 1793.
Si le comte d'Affry avait cédé aux pressions pour faire un coup d'Etat, voué à l'échec politique, le déroulement de la révolution eut été tout autre. S'il avait encouragé l'alliance de la Suisse avec les émigrés et les Prussiens, le sort incertain de la guerre qui suivit, eut pu être tout autre. Les armes de la France, se trouvant fort bien de ne pas faire face aux régiments suisses, n'eurent pas trop des cinq mille soldats et sous-officiers suisses expérimentés qui rejoignirent ses rangs, pour parvenir à la victoire. En outre, le comte d'Affry savait pertinemment qu'une grande partie de ses hommes de troupe, soldats d'honneur, et salariés tributaires, au-delà des nombreuses désertions, étaient favorables à la révolution. La France doit beaucoup au comte d'Affry et à sa modération, comme gouverneur militaire de Paris en 1791, en tant que général en chef des régiments suisses de l’armée française, et en tant que colonel de la garde suisse en 1792. Sans la fermeté de Louis Auguste d'Affry à maintenir à tout prix l'alliance avec l'Etat Français, il est peu probable qu'il y aurait encore une Suisse de nos jours. Autrichienne, allemande, française, la seule incertitude eut été l'origine nationale de l'annexion de la Suisse. Il est ainsi, en quelque sorte, le premier homme d'Etat suisse, avant même l'existence d'un Etat Suisse. Qui croirait sérieusement que son fils, le landamann Louis d'Affry, deviendra par hasard, au 19ème siècle, le premier chef d'Etat de la Confédération Suisse, indépendamment de la ligne  politique suivie par son père. Par une ironie du sort, le premier président de la Suisse étatique et démocratique, Louis d’Affry, était descendant par les ducs de Bourgogne, de Berry, de Bar, de Savoie et par les comtes de Luxembourg St Pol, à la Renaissance, de vingt-trois rois de France, de seize rois d’Angleterre, de dix-sept empereurs de l’Empire Germanique, et de dix-neuf tsars Rourik de Russie.     
Les Français semblent avoir un culte effréné de la sublimation des personnalités des hommes qui ont fait leur histoire, au point d'en perdre parfois de vue les impératifs des mécanismes militaires et politiques. Les Suisses, par contre, semblent s'ingénier à désincarner leur passé, réduisant les hommes qui le firent à l'état de fonctionnaires anonymes d'une histoire, dont la fonction n'est plus d'éclairer le présent, mais de laisser ce qui contrarie, dans l'ombre du passé. Sans doute n'est-il pas de meilleure garantie d'immobilisme pour l'avenir. Il est grand temps que les Suisses apprennent, et assument, la réalité sur les événements qui concernent leur histoire pendant la révolution française, et qu'ils rendent un hommage mérité, à celui qui leur a sans doute permis d'être encore des Suisses aujourd'hui, Louis Auguste d'Affry.

Lire aussi l'article sur Louis Auguste d'Affry

Giles Tournier (descendant par les barons de Boccard de Thonon, de Laure d’Affry, fille du comte Guillaume d’Affry, chef de cabinet du roi de Saxe, fils du comte Louis d’Affry, général de brigade de l’armée française, premier landamann (président) et co-fondateur de l’Etat Suisse, fils du comte Louis Auguste d’Affry, gouverneur militaire de Paris, général de division de l’armée française, général d’armée commandant en chef de toutes les troupes suisses au service de la France, chef de la Garde Royale Suisse).

Bibliographie

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